Rencontre avec des Taliban

Départ en catastrophe de Kaboul, la capitale afghane, en milieu d’après-midi. Après 3 jours d’attente, notre fixeur nous appelle pour nous annoncer qu’un groupe de Taliban actif accepte de nous rencontrer. Vite.

Nous partons pour Ghazni, à deux bonnes heures de route de Kaboul. Je suis avec Eric de la Varene et Véronique de Viguerie (photographe). Une fois discrètement arrivés à l’hôtel, un homme nous rejoint et nous partons dans un autre district. Une heure de piste poussiéreuse puis, au détour d’un village, deux motos nous font signe de les suivre: quatre hommes sont dessus, masqués, avec kalachnikovs et lances-roquettes.

Nous nous arrêtons à l’entrée d’un champ. là-bas, une trentaine d’hommes, tous masqués et armés nous attend. Ils sont accroupis, méfiants, tendus… Le conciliabule commence avec notre fixeur pour savoir s’ils peuvent nous faire confiance. Nous attendons et je commence à m’inquiéter, il est plus de 5h, le soleil tombe, impossible de faire un sujet tv complet. Finalement, leur cercle s’agrandit pour nous et ils acceptent de nous parler. J’allume la caméra, impressionnée et silencieuse. Le grand voile me tombe sur les yeux, pas pratique. Véronique commence ses photos et Eric une interview radio du chef: il est le responsable Taliban de toute la province.

Premier contact réussi pour eux, comme pour nous. Mais il nous en faut plus nous n’avons pas assez pour vendre le reportage…. Le soleil est déjà couché et nous devons partir, accepteront-ils de nous revoir le lendemain?

MESAVENTURE TECHNIQUE

sur le chemin du retour pour l’hôtel, la voiture tombe en panne. Tout les 100 m, à découvert avec la lumière de la lune. J’au peur qu’un hélicoptère de la coalition passe par là. Heureusement, rien, après 2 h laborieuse, nous partons finalement dormir chez un habitant.

Au petit matin, le groupe accepte de nous revoir, pour nous montrer les prises de guerre et un entraînement. De 8h du matin à 15 h, nous attendons. Le groupe est bloqué par un convoi des forces de la coalition et se demande quel est notre rôle… Finalement les troupes partent sans trouver les Taliban, et ces derniers acceptent de nous retrouver, mais dans un autre lieu, neutre.Donc, pas de prises de guerre, pas d’entraînement, je suis un peu déçue mais nous n’avons pas le choix…

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Crédit: Véronique de Viguerie. WPN.

Nous devons partir, mais la voiture est de nouveau en panne. Nous montons donc, à trois, sur une de leurs motos. Une vingtaine de minutes plutôt improbable avec les nids de poules en dessous, les paysans autour et les Taliban devant. Mais nous arrivons enfin. Deuxième et dernière rencontre: une trentaine d’hommes nous attend. Rapidement, ils sont plus détendus, certains sourient (même à moi) d’autres parlent en anglais à Véronique. Ils posent naturellement, mais pour la caméra comme la photo, ce n’est pas très pratique… Interview tv. des deux commandants. Ils sont calmes, édifiants. Pour eux aussi, c’est une première: ils rencontrent des journalistes occidentaux. Et surtout des femmes: nous ne sommes d’ailleurs ni vraiment femme, ni vraiment homme…

Un des plus jeune regarde la caméra. Il a du khôl sous les yeux et quand il voit que je le filme il me regarde et ouvre les yeux brusquement. Comme pour prendre un regard plus agressif, plus "Taleb"…

Nous repartirons deux heures plus tard, après la prière. Avec des pommes, des "soyez prudents" et des "convertissez-vous à l’islam" pour Véronique et moi…

Une rencontre étrange, avec des hommes qui, deux jours plus tôt, ont pris en otage un politicien afghan et tué des militaires afghans.

Ont-ils aussi brûlé des écoles de filles? Egorgé des opposants ? Font-ils partie de ceux qui n’hésitent pas à tuer n’importe quel étranger?

Avec nous, pourtant, ces deux jours là, les plus jeunes commbattants s’amusaient comme des adolescents avec leurs sonneries de téléphones…