Mise au point sur la femme journaliste

On m’a plusieurs fois posé la question. On l’a aussi posée à toutes mes amies journalistes qui travaillent en Afghanistan. « Ce n’est pas difficile/impossible d’être une reporter femme ici? »

Non, au contraire… Et c’est justement ce que je voudrais expliquer, pour casser les clichés que les journalistes (moi y compris) diffusent sans le vouloir. Etre une femme journaliste en Afghanistan (et au Pakistan), cela veut dire avoir accès à la moitié de la population que les hommes ne peuvent pas rencontrer.

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Cela veut dire être accueillie la plupart du temps avec politesse et gentillesse. Enfin, être même un peu plus respectée quand on se retrouve dans des situations dangereuses et qu’on les partage, comme n’importe quel Afghan.

Mais il ne faut pas s’y tromper. Nous sommes le 3ème sexe. Cette espèce étrange -la femme occidentale- qui parlent comme un homme, aux hommes et fait les mêmes choses qu’eux. Qui plus est, elle est l’invitée: on se doit donc de répondre à ses attentes. Nous ne sommes pas des Afghanes.

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Petite liste d’anocdotes:

– Nous ne comptons plus le nombre de fois où on nous a demandé si nous étions mariées, avec enfants/sans et pourquoi/ pourquoi pas… Au hasard des intérêts, nous disons la vérité, ou pas: ça peut éviter de se faire draguer. Les plus forts pour ça, sont les policiers et les militaires (il ne faut pas être trop sympathique non plus, sinon, on risque un malentendu)

A gauche, je suis presque la petite amie de ce jeune policier à qui j’ai un peu trop souri.

A droite, le regard de braise du soldat qui drague.

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En bas, plus délicat: celui d’un général qui a essayé de me retrouver le soir dans la chambre. Celui d’un gouverneur qui a voulu aussi nous mettre dans son lit avec Constance.

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– A la fin d’un reportage (et du seul) avec des combattants Taliban, ils nous donnent des fruits et ils nous remercient d’être passés (l’équipe journalistes: Eric, Véro et moi). On nous donne une chambre pour dormir tranquille alors que les militants discutent de leur prochaine attaque. Leurs sonneries « lambada » nous font rire. Ils nous regardent différement après être montées sur une moto pour les rejoindre.

– Rencontre avec des villageois dans une province reculée. Cadeaux: châle, shalwar Kameez. Avec Constance, une amie journaliste: c’est le chef de la famille qui lui tend les vêtements et l’aide à les enfiler par dessus les autres (sans la toucher évidemment) en souriant comme un père.

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– Sur le terrain, seule avec un fixeur et la police, dans le disctrict de Nad Ali, un des fief Taliban, province du Helmand. Un jeune policier monte dans la voiture et dit en rougissant et baissant les yeux: « oh… C’est la première fois de ma vie que je parle à une femme, en dehors de mon épouse. Je suis gêné, je n’ai pas l’habitude. » C’est lui:

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– Au même endroit le soir une partie de cartes avec des amis de l’excellent fixeur qui m’accompagne. Je suis accusée de tricher, tout les hommes rient. Le chauffeur qui m’accompagne nous raconte son amour pour Marie, une amie journaliste. Il la voit dans ses rêves et sa femme est jalouse… Coup de fil. « Le chef de la police demande si il t’offre 10 ha de terre (avec le pavot dessus évidemment), avec des bâtiments et tout le confort, et si tu te convertis à l’Islam… Veux-tu l’épouser? » Tous le monde se marre.

Et pour ce qui est d’une femme qui prend des gros plans, à quelques centimètres du nez, pas de soucis, on prend la pose de la Kunar au Helmand:

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Ce sont les meilleurs moments de vie en Afghanistan…

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7 réflexions sur “Mise au point sur la femme journaliste

  1. Content de vous retrouver Claire. Il y a du grave et du léger dans vos comptes-rendus.
    J’ai lu récemment un article qui m’a étonné, parlant de (sanglants) conflits entre des talibans et des recrues étrangères d’Al Qaida, à la frontière Afghanistan-Pakistan. Les premiers voulant s’en prendre à l’OTAN, les seconds au gouvernement Musharraf. Est-ce fréquent ?

  2. Bonjour Marc,
    merci de revenir sur mon blog.
    Effectivement, ce genre de combats arrivent, mais c’est la première fois que des « locaux » du Waziristan, chassent des étrangers. Je pense qu’il ne faut pas les voir comme Musharraf versus Ouzbèques et Otan versus locaux.
    La tribu qui a sonné les tambours de guerre, la tribu Massoud, n’est pas la plus importante des zones tribales. Elle a décidé de montrer qu’elle apporte son soutien au pouvoir militaire. Mais cela peut se retourner rapidement, comme c’était le cas par le passé. Par ailleurs, ils sont Waziris, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils partent faire le Jihad en Afghanistan.
    Il y a aussi aujourd’hui beaucoup d’Ouzbèques dans les rangs des « Taliban ».
    Un bon exemple de la complexité de la politique pakistanaise et des retournements de situation.
    A bientôt
    Claire

  3. bjr , je suis une jeune etudiante et je souhaite etre journaliste c’est pour cela je vous pries de m’écrir sur mon e-mail et me donner des coneseil merci bcp .

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